Quels tests pour le ligament talofibulaire antérieur ?

Sommaire
Protocole du test
Contexte
La majorité des lésions ligamentaires de la cheville se produisent en latéral et sont le résultat direct d'un traumatisme en flexion plantaire avec un mouvement d’inversion excessive de la cheville (Krueger, Becker, Leemkuil et Durall, 2015).
Cette position provoque un allongement maximal du ligament talofibulaire antérieur (Liu et al., 2015) ce qui peut expliquer qu’il s’agisse du ligament le plus fréquemment lésé lors d’un mouvement d’inversion excessive.
En raison de sa position anatomique, ce ligament talofibulaire antérieur empêche le déplacement du talus vers l’avant au sein de la mortaise tibiofibulaire. Étant donné qu’il s’agit d’un ligament assez faible, il a tendance à s’allonger assez facilement.
Il a en effet été précédemment rapporté que le ligament talofibulaire antérieur possédait un tiers de la force du ligament calcanéofibulaire (Fallat, Grimm et Saracco, 1998). De ce fait, il faudra un mécanisme lésionnel en inversion plus sévère pour que le ligament calcanéofibulaire (CFL) soit également atteint (Waterman et al., 2010). Ce ligament calcanéofibulaire permet lui de résister à l’inversion du calcanéus par rapport à la fibula.
En 2016, Miller et al. ont constaté que sur 10 membres inférieurs de cadavres, le fait d’autoriser la rotation interne de la cheville lors du test du tiroir antérieur pouvait permettre au clinicien de détecter des degrés plus subtils d'instabilité de la cheville. Il s’agit du test du tiroir antérolatéral.
Vidéo du test

Réalisation
Test du tiroir antérieur traditionnel :
Pour réaliser le test du tiroir antérieur, le patient est en position allongée, le genou légèrement fléchi et le pied dépassant du plan de la table. Le thérapeute maintient la cheville à 10°-15° de flexion plantaire, puis saisit le talon du patient avec la main controlatérale. Le pied du patient repose sur l’avant-bras du thérapeute. Avec la base de l’autre main, le thérapeute vient fixer le tibia le plus proche possible de la ligne articulaire, puis il applique une force antérieure du calcanéus.
Le thérapeute tente de percevoir visuellement et manuellement l’importance du mouvement du talus et déterminera s'il existe une asymétrie entre la cheville impliquée et la cheville non impliquée.
De manière générale, nous utilisons une échelle ordinale à 5 points pour classer le degré de laxité lors de ce test :
- 0 : hypomobile ;
- 1 : normal ;
- 2 : laxité accrue légère ;
- 3 : laxité accrue modérée ;
- 4 : laxité accrue sévère.
Test du tiroir antérolatéral inversé :
Pour réaliser ce test, le patient est en position allongée, le genou légèrement fléchi afin de faciliter la flexion plantaire du pied. Le thérapeute vient ajuster la flexion plantaire à 10°-15° associé à une légère rotation interne sans contrainte. L’index et le majeur sont placés sur la face latérale du pied à environ 1 cm de l’extrémité proximale de la malléole latérale. Le thérapeute pose ensuite la base de son autre main sur la partie distale du tibia et effectue une poussée pour induire un déplacement du tibia vers l’arrière.
La même échelle ordinale que pour le test du tiroir antérieur est utilisée pour classer le degré de laxité.
Valeur clinique
Dans une étude en 1996, Van Dijk et al. ont évalué l’intérêt du test du tiroir antérieur pour diagnostiquer une rupture du ligament talofibulaire antérieur. Les auteurs ont démontré que la combinaison de la palpation, la présence d’un hématome et le test du tiroir antérieur possédaient une bonne valeur diagnostique 5 jours après la lésion avec une sensibilité de 96 % et une spécificité de 84 %.
Ce test a également été utilisé pour évaluer une éventuelle laxité ligamentaire chronique chez les patients présentant des antécédents d’entorses latérales. Toutefois, dans leur étude en 2013, Croy et al. ont évalué de manière prospective la précision diagnostique du test du tiroir antérieur chez 60 patients présentant un antécédent d’entorse latérale de la cheville.
Dans leur étude, la précision diagnostique a été évaluée pour 2 seuils tirés de la littérature : le premier seuil de référence était supérieur ou égal à 2,3 mm et le second supérieur ou égal à 3,7 mm.Les auteurs ont trouvé une spécificité du tiroir antérieur de 0,38 et 0,40 et une sensibilité de 0,74 et 0,83 pour les seuils de 2,3 mm et 3,7 mm respectivement. Ce test possède donc une capacité limitée à diagnostiquer une laxité ligamentaire chronique. Néanmoins, les auteurs soulignent qu’il peut être intéressant d’utiliser le test des deux côtés afin de comparer les résultats obtenus.
En 2019, Melanson et Shuman (2019) ont trouvé qu'une translation de 1 cm au test du tiroir antérieur indiquerait une laxité ligamentaire. Toutefois, une étude plus récente sur des sujets sains a effectué le test du tiroir antérieur sous échographie jusqu'à ce qu’il n'y ait plus de translation antérieure du talus et qu'aucun allongement supplémentaire ne soit obtenu visuellement (Sillevis et al., 2020). Les auteurs ont trouvé une différence de 18 mm entre la position détendue et la translation antérieure maximale du talus.
Il est actuellement difficile de dire précisément à partir de quel moment le ligament dépasse la longueur normale.
Les nouvelles guidelines de la prise en charge de l’entorse de cheville en 2021 conseillent aux thérapeutes d’utiliser le test du tiroir antérolatéral inversé associé à la palpation (Martin et al., 2021). En effet, ce test comporte des preuves plus solides que le test du tiroir antérieur traditionnel pour soutenir son utilisation dans le diagnostic des lésions chroniques du ligament talofibulaire antérieur après une entorse latérale de cheville.
Dans un essai prospectif en double aveugle de 2019, Li et al. ont comparé les propriétés diagnostiques du test du tiroir antérieur, du test du tiroir antérolatéral (ALDT) et du test du tiroir antérolatéral inversé (TALI). Ces trois tests ont été effectués chez des patients atteints d’une lésion chronique du ligament talofibulaire antérieur. Les résultats ont indiqué que le test du tiroir antérolatéral inversé était supérieur aux deux autres dans presque toutes les catégories.
Test du tiroir antérieur :
- Sensibilité : 0,224
- Spécificité : ≈ 1
Test du tiroir antérolatéral :
- Sensibilité : 0,473
- Spécificité : ≈ 1
Test du tiroir antérolatéral inversé :
- Sensibilité : 0,894
- Spécificité : 0,897
Mise en perspective clinique
L'évaluation du ligament talo-fibulaire antérieur est centrale dans le bilan d'une entorse latérale de cheville, ce ligament étant le plus fréquemment lésé lors du mécanisme d'inversion. Le talar tilt test complète utilement cette évaluation en ciblant spécifiquement le ligament calcaneofibulaire, permettant de cartographier l'étendue de l'atteinte du compartiment latéral. En cas de traumatisme à haute énergie, une exploration systématique de la syndesmose tibiofibulaire est recommandée car son atteinte associée modifie considérablement le pronostic. La masterclass sur les ligaments responsables de la stabilité de la cheville offre une vision anatomique et biomécanique complète pour mieux comprendre le rôle de chaque structure dans la stabilité articulaire. Enfin, le Foot and Ankle Ability Measure (FAAM) permet de quantifier l'impact fonctionnel de la lésion et de suivre objectivement la récupération du patient au fil de la rééducation.
Bibliographie
Croy, Theodore, Shane Koppenhaver, Susan Saliba, et Jay Hertel. « Anterior Talocrural Joint Laxity: Diagnostic Accuracy of the Anterior Drawer Test of the Ankle ». The Journal of Orthopaedic and Sports Physical Therapy 43, no 12 (décembre 2013): 911‑19.
Fallat, L., D. J. Grimm, et J. A. Saracco. « Sprained Ankle Syndrome: Prevalence and Analysis of 639 Acute Injuries ». The Journal of Foot and Ankle Surgery: Official Publication of the American College of Foot and Ankle Surgeons 37, no 4 (août 1998): 280‑85.
Lahde S, Putkonen M, Puranen J, Raatikainen T (1988) Examination of the sprained ankle: anterior drawer test or arthrography? Eur J Radiol 8:255–257
Li Q, , Tu Y, , Chen J, , et al.. Reverse anterolateral drawer test is more sensitive and accurate for diagnosing chronic anterior talofibular ligament injury. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2020; 28: 55– 62.
Martin, Robroy L., Todd E. Davenport, John J. Fraser, Jenna Sawdon-Bea, Christopher R. Carcia, Lindsay A. Carroll, Benjamin R. Kivlan, et Dominic Carreira. « Ankle Stability and Movement Coordination Impairments: Lateral Ankle Ligament Sprains Revision ». Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy 51, no 4 (31 mars 2021): CPG1‑80.
Miller, Adam G., Stuart H. Myers, Brent G. Parks, et Gregory P. Guyton. « Anterolateral Drawer Versus Anterior Drawer Test for Ankle Instability: A Biomechanical Model ». Foot & Ankle International 37, no 4 (avril 2016): 407‑10.
Sillevis, Rob, Eric Shamus, et Arie van Duijn. « Evaluation of Anterotalofibular and Calcaneofibular Ligament Stress Tests Utilizing Musculoskeletal Ultrasound Imaging ». Physiotherapy Theory and Practice, 29 novembre 2020, 1‑11.
Van Dijk CN, , Mol BW, , Lim LS, , Marti RK, , Bossuyt PM. and Diagnosis of ligament rupture of the ankle joint. Physical examination, arthrography, stress radiography and sonography compared in 160 patients after inversion trauma. Acta Orthop Scand. 1996; 67: 566– 570







