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Prise en charge de l'athlète master féminine

Modalités thérapeutiquesMusculosquelettique
Prise en charge de l'athlète master féminine

Contributeurs

Florence Morisseau

Kinésithérapeute, spécialisée dans la prise en charge du coureur et des pathologies rachidiennes

Notes de la Masterclass

Accompagner l'athlète master : du traitement de la douleur à la construction du strengthspan

En tant que kinésithérapeutes, nous sommes souvent consultés pour un épisode douloureux aigu. Mais face à un athlète de plus de 45 ans, notre rôle dépasse la simple antalgie. La douleur n'est alors qu'une porte d'entrée, et l'enjeu consiste à la transformer en une occasion de modifier durablement la trajectoire de vie du patient. Dans sa Masterclass consacrée à l'athlète master féminine, Florence Morisseau propose un changement de regard : ne plus considérer la douleur comme une fatalité qui impose de réduire l'activité, mais comme un signal qui invite à reconstruire la capacité. Cette Masterclass reprend les points clés de cette intervention pour vous permettre d'ajuster votre prise en charge dès demain.

Le strengthspan : prolonger la capacité, pas seulement la durée de vie

Au-delà de l'espérance de vie (lifespan) et de l'espérance de vie en bonne santé (healthspan), Florence Morisseau introduit le concept de strengthspan. Il désigne la durée pendant laquelle une personne conserve un niveau de force musculaire suffisant pour rester autonome, mobile et capable de répondre aux exigences de sa discipline sportive.

L'idée est forte : chez l'athlète master, l'objectif thérapeutique ne se limite pas à faire disparaitre un symptôme. Il s'agit de préserver, voire d'étendre, la fenêtre de vie pendant laquelle le corps reste fort. La douleur devient un point de départ pour reconstruire, et non une raison de renoncer.

Le déclin physiologique : pourquoi l'entrainement « classique » ne suffit plus

Avec l'âge, le corps change inexorablement. La masse musculaire diminue de 3 à 8% par décennie, la puissance et la densité minérale osseuse (DMO) se réduisent augmentant le risque fracturaire et la VO₂ max décline dès la trentaine.

Pourtant, le problème majeur de l'athlète master n'est souvent pas le manque d'entrainement, mais son inadéquation. Beaucoup continuent de s'entraîner à 50 ans comme ils le faisaient à 30 ans, en privilégiant un volume monotone d'endurance lente au détriment de l'intensité. Ce déficit de stimuli ne permet plus de maintenir la force ni la densité structurelle. Pour préserver le strengthspan, c'est donc la nature même de la stimulation qu'il faut repenser.

Évaluer et monitorer la charge : la boussole du kinésithérapeute

Face à une pathologie de surcharge, par exemple une gonalgie survenant dans un contexte de ménopause ou de périménopause, l'arrêt complet de l'activité est rarement la bonne solution. Il faut au contraire identifier la « zone utile », celle où l'exposition reste tolérable et bénéfique.

Plusieurs repères guident ce monitorage. Une douleur inférieure à 3/10 pendant l'exercice est acceptable, à condition qu'elle n'entraîne pas d'effet rebond. Cet effet rebond se surveille dans les 24 à 48h suivant l'effort : il faut être attentif à un épanchement ou à une majoration de la douleur sur cette fenêtre. Enfin, fractionner l'exposition est souvent préférable à sa suppression : il vaut mieux courir plus souvent, mais moins longtemps et moins vite, plutôt que de retirer complètement la contrainte.

Reconstruire la force : le pilier non négociable

La force est la qualité qui tire toutes les autres vers le haut. Elle améliore l'économie de mouvement et augmente la tolérance aux contraintes mécaniques. C'est le levier central de la prise en charge de l'athlète master.

Le travail isométrique constitue une porte d'entrée précieuse. Utile dès la phase aiguë, il offre un effet antalgique, favorise le contrôle neuromusculaire et limite l'inhibition musculaire arthrogénique (AMI). Mais pour obtenir une réelle adaptation, il faut ensuite exposer le patient à des charges lourdes, comprises entre 60 et 85% de la 1RM. Le format compte autant que l'intensité : des exercices en chaîne cinétique fermée (CCF) (squat, soulevé de terre, step-up) réalisés 2 à 3 fois par semaine pendant 6 mois permettent une transformation physique profonde.

Os et système cardiovasculaire : diversifier pour durer

La santé osseuse

L'os ne répond pas au volume, mais à la qualité du stimulus. Les ostéoblastes se saturent vite, après une quarantaine de stimulations identiques. Pour relancer l'ostéogenèse, c'est donc la variabilité qui prime : sauts, changements de direction, impacts imprévus et tractions musculaires importantes générées par le travail de force.

Le HIIT comme outil thérapeutique

Le déclin de la VO₂ max peut être freiné, et ce même à un âge avancé. L'entraînement par intervalles à haute intensité (HIIT) devient alors un outil thérapeutique à part entière. Le HIIT court sollicite la capacité du cœur à battre vite, tandis que le HIIT long développe sa capacité à éjecter de gros volumes sanguins, autrement dit à battre fort. Les deux formats sont complémentaires pour entretenir le système cardiovasculaire.

Implications cliniques

Notre impact sur la trajectoire de l'athlète master se joue dans quelques décisions concrètes, applicables dès la prochaine consultation.

D'abord, mesurer la tolérance à la charge en s'appuyant sur la douleur pendant l'effort et sur la recherche d'un épanchement ou d'une majoration douloureuse à 24-48h. Ensuite, imposer un véritable travail de force, avec des charges lourdes et progressives, plutôt que de se contenter d'exercices d'intensité modérée. Il faut aussi varier les impacts, sauts, changements de direction, contraintes imprévues, pour stimuler efficacement l'os, et intégrer du HIIT pour entretenir le système cardiovasculaire. Enfin, viser la performance, non comme une fin en soi, mais comme la garantie de l'autonomie future.

En soignant une pathologie, notre objectif ultime est que l'athlète master devienne une meilleure version de lui-même qu'avant sa blessure. Nous ne traitons pas seulement un genou ou un dos : nous préservons l'identité et l'autonomie de nos patients.

Pour aller plus loin et accéder à des explications plus détaillées, ainsi que des démonstrations en vidéo, nous vous invitons à consulter la Masterclass complète sur Fullphysio. Ce contenu n'est qu’un résumé de la vidéo originale.

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