
Maxime Gaspar
Kinésithérapeute du sport

Dans cette deuxième partie, Maxime Gaspar insiste sur trois piliers essentiels d’une prise en charge efficace des tendinopathies du membre inférieur : le bilan initial, l’éducation thérapeutique et l’adhésion du patient. Sans une compréhension précise de la cause, sans un recadrage des croyances, et sans une co-construction du traitement, même les meilleurs protocoles actifs restent inefficaces. Cette approche globale replace le patient au centre du processus de guérison et rappelle que la tendinopathie n’est jamais uniquement un problème de tendon, mais un déséquilibre multifactoriel.
Un bilan précis est la pierre angulaire de la prise en charge. Il permet de comprendre pourquoi la tendinopathie est apparue et ce qui entretient la douleur. Maxime Gaspar illustre cette idée grâce à la métaphore de la cuve : la cuve représente la tolérance du patient. Elle déborde soit parce qu’on la remplit trop vite, soit parce que le système d’évacuation est obstrué.
Chez les sportifs, surtout les coureurs, la cause la plus fréquente est une surcharge liée à un changement trop brutal du volume ou de l’intensité. Une augmentation rapide de la distance, un ajout soudain de séances en côte ou une intensité trop élevée agit comme une lance à incendie qui remplit la cuve plus vite que le robinet ne peut la vider. Les études montrent que 60 à 80% des blessures en course à pied proviennent d’erreurs d’entraînement, ce qui en fait un élément central du bilan.
Lorsque l’entraînement n’a pas changé, il faut chercher ailleurs. La cuve peut déborder car le robinet fuit ou s’est refermé. Le stress, la fatigue, des difficultés de sommeil, une charge mentale ou émotionnelle importante peuvent réduire la capacité du système à récupérer. Ce ralentissement de l’évacuation contribue à l’apparition de la douleur même sans modification de l’activité physique.
Enfin, le bilan doit inclure une analyse de la biomécanique. Une erreur technique grossière, une boiterie ou un patron de course inadapté peuvent augmenter la charge locale sur le tendon et participer à la problématique.
La deuxième pierre angulaire du traitement est l’éducation. Sans elle, aucun protocole actif ne peut fonctionner. Le thérapeute doit aider le patient à comprendre les mécanismes de la douleur, à accepter une gêne contrôlée et à reprendre progressivement confiance dans son tendon.
Il est essentiel de rappeler au patient qu’une douleur durant la rééducation n’est pas forcément néfaste. Une gêne légère et contrôlée fait partie du processus de guérison. Elle n’annonce pas une dégénérescence ni une rupture imminente. À l’inverse, la peur de solliciter le tendon entretient le déconditionnement et limite les progrès. Proposer des charges progressives permet au patient de retrouver confiance en son tissu et de dépasser le catastrophisme.
Le modèle proposé par Jill Cook offre une vision claire : la majorité du traitement doit être consacrée à la gestion de la charge. Les adjuvants, tels que massage, glace ou ondes de choc, ne représentent qu’un soutien minoritaire. Maxime Gaspar propose une répartition encore plus explicite :
– une part consacrée au travail actif,
– une part équivalente dédiée à l’éducation,
– et une petite portion réservée aux adjuvants.
Le travail actif reste indispensable car il engage directement les mécanismes de mécanotransduction, améliorant la fonction du tendon et modulant les symptômes.
La gestion de la charge doit être concrète et individualisée.
– Fractionner la course est une stratégie particulièrement efficace. Un patient habitué à courir une heure pourra reprendre par des cycles de course et marche, permettant de maintenir un volume global sans dépasser la tolérance tendineuse.
– L’entraînement polarisé est une autre règle clé : 80% du volume doit être réalisé à faible intensité, seulement 20% à haute intensité.
– L’augmentation de la vitesse doit être surveillée car elle augmente fortement la charge sur le tendon d’Achille et le complexe gastrocnémiens-soleus.
– Des outils numériques comme Nolio ou Training Peaks peuvent aider à suivre les séances, noter l’intensité perçue et alerter en cas de surcharge.
Il est utile de rappeler que les règles populaires, telles que la progression de 10% par semaine ou le ratio aigu/chronique, sont des repères mais ne suffisent pas à elles seules. Elles doivent être adaptées au profil du patient et à sa tolérance actuelle.
Même le traitement le mieux construit échoue s’il n’est pas appliqué. L’adhésion du patient devient alors un enjeu majeur.
La co-création du protocole est essentielle. Le thérapeute doit élaborer le programme en tenant compte des contraintes et préférences du patient. Cela crée un contrat de soin équilibré entre les données scientifiques, les croyances du thérapeute et les capacités réelles du patient. Une question guide cette démarche : que pouvez-vous réellement faire ? Il est inutile d’imposer un protocole chronophage si la personne n’a que quelques minutes par jour. Le traitement doit être compatible avec son mode de vie et son matériel disponible.
L’adhérence se construit aussi avec un suivi régulier. Le protocole doit être ajusté si le patient le trouve trop difficile, trop facile ou peu motivant.
Le support pédagogique dépend également du profil. Une vidéo envoyée sur les réseaux sociaux peut convenir à un adolescent, tandis qu’une version imprimée sera plus adaptée à un patient moins technophile. Le contrôle qualitatif des exercices est indispensable pour maintenir la motivation et éviter les erreurs d’exécution.
Il n’existe pas de protocole universel pour traiter une tendinopathie. Deux patients présentant la même douleur peuvent nécessiter deux stratégies totalement différentes. La cause peut être une erreur d’entraînement, un facteur psychosocial ou un déséquilibre biomécanique. Le contexte, la disponibilité, la motivation et les objectifs du patient influencent également le traitement.
C’est pourquoi cette approche globale est si riche : elle replace l’humain au centre. On ne traite pas une tendinopathie d’Achille, mais une personne avec une tendinopathie d’Achille. La réussite repose sur la compréhension fine des causes, la gestion pertinente de la charge, l’éducation et l’implication active du patient.
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