
Maxime Gaspar
Kinésithérapeute du sport

Cette troisième partie de la masterclass aborde les fondements des traitements actifs modernes des tendinopathies du membre inférieur. L’approche actuelle, défendue notamment par Jill Cook, repose sur un principe simple : ne pas focaliser l’attention sur la zone dégénérative du tendon, mais développer les capacités du tissu sain environnant. C’est le concept de la Théorie du Donut : le trou importe peu, c’est la qualité du donut qui compte. Cette philosophie mène inévitablement vers les thérapies actives, les contraintes mécaniques progressives et les processus d’adaptation dictés par la mécanotransduction.
Les trente dernières années ont vu une succession de protocoles cherchant tous à optimiser la contrainte mécanique appliquée au tendon. Chacun a apporté une pierre à l’édifice, posant progressivement les bases des traitements contemporains.
Les premiers protocoles, comme ceux de Stanish (1986) puis Alfredson (1998), reposaient principalement sur l’excentrique. L’excentrique lourd, pratiqué quotidiennement, parfois sans limite stricte concernant la douleur, a montré une efficacité notable, notamment grâce à la haute tension appliquée au tendon. Le protocole Alfredson, par son volume très élevé et l’ajout progressif de charges lourdes, a longtemps été un standard.
Silbernagel a ensuite proposé une approche multi-phases, intégrant non seulement l’excentrique mais aussi l’isotonique, l’équilibre, les étirements et, de manière précoce, la pliométrie. Cette vision plus globale du mouvement et des stimuli mécaniques rendait la rééducation plus fonctionnelle et progressive.
Enfin, le protocole Heavy Slow Resistance (HSR) a apporté un nouveau tournant. Son principe : augmenter fortement le temps sous tension grâce à des contractions lourdes et lentes, avec des charges allant de 15 à 6 répétitions maximales. Cette méthode a permis d’introduire des charges lourdes en cabinet sans nécessiter d’appareils spécifiques.
Certaines adaptations techniques ont également marqué cette période. L’utilisation d’une cale inclinée pour cibler spécifiquement le tendon patellaire, ou encore l’ajustement des exercices en cas d’enthésopathie afin d’éviter les contraintes de compression, ont amélioré la précision thérapeutique.
L’isométrie a connu un regain d’intérêt à partir de 2015, grâce aux travaux d’Ebonie Rio. Elle s’est révélée particulièrement utile pour réduire les douleurs aiguës et offrir un accès rapide à un travail actif, même en pleine saison sportive.
L’isométrie présente plusieurs atouts. Elle induit un effet analgésique rapide, réduit l’inhibition corticale et facilite un gain de force immédiat. Elle est aussi très accessible et simple à mettre en place.
Pour être efficace, le protocole doit respecter trois piliers essentiels : un temps sous tension long, une charge lourde et une position spécifique ciblant précisément le tendon. Le format classique repose sur 5 répétitions de 45 secondes à 70% de la contraction maximale, avec deux minutes de repos entre chaque répétition.
Il est également important de distinguer deux types d’isométrie. L’isométrie en résistance, où le patient retient une charge, semble favoriser l’analgésie et l’augmentation de la rigidité tendineuse. L’isométrie en poussée contre une résistance immobile cible davantage l’amélioration du pic de force et du taux de développement de la force.
Cependant, l’isométrie n’est pas universelle. Certains patients répondent très bien, d’autres pas du tout, voire aggravent leurs symptômes. Le respect du protocole, l’individualisation et l’observation de la réponse clinique restent essentiels.
Le protocole Mascaro et coll. de 2017 propose une vision plus complète de la rééducation, intégrant progression, contrôle de la douleur et retour au sport. Sa force réside dans la structuration en quatre phases, chacune définie par un type de contraction et des objectifs précis, monitorés via un test de provocation comme le squat unipodal sur plan incliné.
La première phase vise la gestion de la douleur grâce à des isométries lourdes et régulières. La deuxième phase introduit le renforcement analytique et fonctionnel, avec des exercices lents et contrôlés. La troisième phase marque la réintroduction de la vitesse, de la compression et de la pliométrie. Enfin, la dernière phase s’oriente vers le retour progressif au sport avec des charges spécifiques et des gestuelles propres à la discipline.
Cette vision graduelle est particulièrement utile pour assurer une progression cohérente et limiter les risques de rechute.
Les tendinopathies génèrent des dérèglements corticospinaux et neuromusculaires. Le Tendon Neuroplastic Training (TNT), développé également par Ebonie Rio, répond à ce besoin en proposant des exercices réalisés avec un feedback externe pour détourner l’attention du système nerveux et réduire l’inhibition.
Un simple métronome peut guider le tempo lors d’un exercice HSR, tandis qu’un feedback visuel via dynamomètre permet de maintenir une force constante. Ce type d’approche améliore le contrôle moteur, optimise la qualité de contraction et s’intègre parfaitement dans les exercices de renforcement.
La littérature scientifique converge vers une conclusion claire. Aucun protocole n’est supérieur aux autres. Les comparaisons montrent des résultats similaires entre Alfredson, Silbernagel et HSR. Le mode de contraction n’est pas déterminant. Ce qui compte vraiment, c’est la tension appliquée au tendon.
La charge lourde, dépassant les 90% d’une répétition maximale ou de la contraction maximale, est ce qui stimule le plus efficacement l’adaptation tendineuse. L’excentrique a historiquement donné de bons résultats car il permet des charges supramaximales, non accessibles en concentrique.
Le travail au poids de corps, s’il constitue parfois un point de départ, n’est pas suffisant pour provoquer les adaptations recherchées. L’ajout progressif de charges extérieures est donc indispensable.
Maxime Gaspar synthétise les éléments clés à retenir :
Bien que la thérapie active à haute tension soit aujourd’hui le pilier du traitement, la science continue d’évoluer. De nouvelles approches, comme le Blood Flow Restriction, offrent des alternatives pour appliquer des charges élevées même en contexte douloureux. La compréhension des processus neuromusculaires progresse également. Le message essentiel demeure : rester curieux, actualiser sa pratique et continuer à s’appuyer sur les principes fondamentaux de mécanique, de charge et de progression.
Pour aller plus loin et accéder à des explications plus détaillées, ainsi que des démonstrations en vidéo, nous vous invitons à consulter la Masterclass complète sur Fullphysio. Ce contenu n'est qu’un résumé de la vidéo originale.




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