
Maxime Gaspar
Kinésithérapeute du sport

Cette dernière partie de la masterclass explore les outils complémentaires dans la prise en charge des tendinopathies : adjuvants, modalités thérapeutiques, nutrition et micronutrition. Elle rappelle surtout une vérité fondamentale : rien ne peut remplacer un traitement fondé sur la charge mécanique, l’individualisation et l’éducation. Les adjuvants ne sont que des compléments. La pyramide de prise en charge présentée en fin de session permet de replacer chaque élément à sa juste place.
Les recommandations JOSPT 2023 fournissent de nouvelles lignes directrices sur la fasciite plantaire. Comme toujours, il convient d’interpréter ces guidelines avec recul : elles reflètent l’état de la littérature, mais l’analyse clinique et l’expérience du praticien restent essentielles.
Les interventions les mieux supportées par les preuves incluent :
– les étirements du fascia plantaire et du mollet,
– la thérapie manuelle pour restaurer l’amplitude, en particulier la flexion dorsale talo-crurale,
– le traitement des trigger points des gastrocnémiens et du soléaire,
– la mobilisation des tissus mous,
– les attelles de nuit rigides, utiles sur une période de un à trois mois pour les patients dont la douleur des premiers pas est prédominante,
– l’utilisation de taping et de strapping pour un soulagement court terme.
D’autres interventions bénéficient d’un niveau de preuve moindre, comme le laser, le dry needling et le renforcement des muscles intrinsèques du pied (grade B), les semelles et les ultrasons (grade C). L’éducation thérapeutique, étonnamment, apparaît en grade E, ce qui n’en minimise pas l’importance clinique mais reflète simplement un manque d’études spécifiques.
Les adjuvants doivent intervenir en complément d’un traitement actif. Ils ne peuvent en aucun cas constituer la base de la prise en charge.
Il existe deux types d’ondes de choc : radiales, qui diffusent largement, et focales, qui concentrent l’énergie en profondeur. Leurs mécanismes théoriques incluent une diminution de la substance P, une augmentation des interleukines pro-stimulatrices, une modulation de la douleur via une stimulation nociceptive contrôlée et un possible effet placebo.
Les données scientifiques montrent :
– une efficacité élevée dans la fasciite plantaire,
– un effet modéré dans les enthésopathies proximales des ischio-jambiers,
– des résultats contradictoires dans le tendon d’Achille, souvent un effet court terme sur la douleur,
– une efficacité faible dans les tendinopathies patellaires.
Cela confirme leur rôle d'adjuvant et non de traitement principal.
Les ultrasons n’apportent aujourd’hui que très peu d’intérêt dans la prise en charge des tendinopathies. La técar thérapie repose sur un modèle théorique d’augmentation de température et de stimulation biochimique, mais les preuves actuelles sont très limitées. En clinique, certains patients rapportent un soulagement, mais les résultats ne permettent pas d’en faire un outil incontournable.
Ces options existent : PRP, infiltrations, anti-inflammatoires, chirurgie (comme le peignage ou les résections osseuses). Elles doivent être envisagées lorsqu’un traitement actif bien mené échoue. Par exemple, une tendinopathie Achilléenne récalcitrante peut révéler une épine postéro-supérieure type Haglund nécessitant une prise en charge spécifique.
Avant d’ajouter des suppléments, les fondations doivent être solides : sommeil, hydratation, stress, alimentation globale et récupération. Aucun complément ne compense des habitudes délétères.
Le collagène hydrolysé, riche en proline et glycine, soutient la synthèse endogène de collagène. Pris entre 5 et 15 grammes, associé à de la vitamine C environ une heure avant l’entraînement, il augmente la synthèse de collagène et pourrait favoriser l’adaptation tendineuse. De nouvelles recherches, en cours entre 2023 et 2025, devraient apporter plus de certitudes sur son efficacité combinée aux protocoles d’exercices d’ici 2026/2027.
La perméabilité intestinale est régulièrement évoquée. Une barrière déficiente peut générer une réaction inflammatoire systémique pouvant influencer les douleurs musculosquelettiques. Une approche test-and-learn peut consister à exclure temporairement le gluten ou la caséine, puis réintroduire progressivement après amélioration du microbiote.
D’autres pistes, comme l’impact du PRAL ou certains aliments anti-inflammatoires, restent discutées mais n’ont pas encore de preuves solides.
C’est la fondation du traitement. Sans compréhension de la cause, il n’y a pas de solution durable.
Le tendon s’adapte à la contrainte mécanique. Le travail actif est la clé de toute progression.
Le meilleur protocole est celui que le patient applique. L’adhérence prime toujours sur l’étiquette du protocole. L’EBP est un équilibre entre littérature, expérience clinique et préférences du patient.
Peu importe le mode de contraction, la tension mécanique est le moteur du changement. Aller jusqu’au bout de la rééducation, incluant la phase de réathlétisation, est indispensable.
La disparition des symptômes ne signifie pas la résilience tendineuse. Sans réathlétisation progressive, la rechute est probable dans les semaines qui suivent.
Utiles en complément, mais jamais indispensables. Ils ne remplacent pas la charge mécanique, la progression et l’éducation.
Le traitement des tendinopathies repose sur un modèle solide : comprendre la cause, appliquer une charge mécanique adaptée, accompagner le patient dans ses croyances et ses capacités, et progresser jusqu’au retour complet à l’activité. Les adjuvants et la nutrition peuvent soutenir ce travail, mais ne doivent jamais le remplacer.
L’image de la maison illustre parfaitement cette philosophie. Les fondations sont la recherche de la cause. Les murs porteurs sont la mécanotransduction et l’EBP. Les adjuvants ne sont que la peinture. Une maison mal construite ne tient pas avec de la décoration. C’est là toute la cohérence du traitement moderne des tendinopathies.
Pour aller plus loin et accéder à des explications plus détaillées, ainsi que des démonstrations en vidéo, nous vous invitons à consulter la Masterclass complète sur Fullphysio. Ce contenu n'est qu’un résumé de la vidéo originale.

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