Anterior knee pain provocation (AKPP) test

Sommaire
Protocole du test
Contexte
La douleur fémoropatellaire ou DFP est une plainte fréquente de douleur au genou qui touche 1 adolescent sur 14 selon Smith et al. (2018) et qui se caractérise par une douleur péri- ou rétropatellaire non traumatique (Crossley et al., 2016). La douleur se développe généralement de manière progressive, fluctuante et est aggravée par des activités qui sollicitent l'articulation fémoropatellaire, comme la montée d'escaliers, les squats et la course. Bien que cette affection soit plus fréquente chez les personnes pratiquant un sport, elle peut également se manifester chez des personnes non sportives (Rathleff et al., 2015 ; Smith et al., 2018).
Pour suivre la douleur et la fonction, les recommandations de pratique clinique américaines préconisent notamment l’échelle AKPS (Kujala) ou la sous-échelle KOOS-PF (Willy et al., 2019). Ces questionnaires, comme le KOOS ou le Pedi-IKDC, reflètent la douleur des activités de la semaine passée (Rathleff et al., 2022). Un test en séance provoque les symptômes « en temps réel » et reflète ainsi mieux la douleur du moment, dans une affection qui fluctue (Loudon et al., 2002 ; Rathleff et al., 2022).
L'une des principales caractéristiques de la DFP est la douleur pendant la mise en charge d'un genou fléchi (Crossley et al., 2016 ; Willy et al., 2019). La douleur associée à une charge élevée, comme le saut ou le squat, est censée être due à une contrainte articulaire élevée dans l'articulation fémoropatellaire. Le mécanisme théorique est que la charge élevée de l'articulation fémoropatellaire influe sur les structures pouvant contribuer à la nociception (c'est-à-dire, l'os sous-chondral, le coussinet adipeux infrapatellaire, le rétinaculum et les structures ligamentaires) (Powers et al., 2017).
Faute de test simple et réalisable en clinique pour évaluer et suivre la douleur en charge, Rathleff et al. (2022) ont développé le 45-second anterior knee pain provocation (AKPP) test : un test unilatéral de 45 secondes qui charge un genou fléchi pour provoquer la douleur fémoropatellaire. Il a été évalué chez des adolescents de 10 à 14 ans comme outil de suivi, et non comme test diagnostique (Rathleff et al., 2022).
Réalisation du test

Consigne au patient — avant le test, expliquez l’échelle numérique d’évaluation de la douleur (END) : « 0 correspond à l’absence de douleur et 10 à la pire douleur imaginable » (Rathleff et al., 2022).
Installation et déroulement — le patient se tient debout sur la jambe testée, le tronc légèrement penché vers l’avant ; il peut poser une main sur le mur pour garder l’équilibre. Il fléchit le genou à 60° en squat unipodal statique et tient la position 45 secondes (Rathleff et al., 2022).
Score — immédiatement après les 45 secondes de maintien, le patient cote l’intensité de sa douleur au genou sur l’END de 0 à 10 : c’est la douleur en fin d’épreuve qui compte (Rathleff et al., 2022).
Valeur clinique
Capacité à discriminer. Le test provoquait une douleur médiane de 5/10 chez 151 adolescents de 10 à 14 ans avec DFP, contre 0/10 chez 50 adolescents sans douleur au genou ; l’aire sous la courbe ROC (0,90) indique une bonne séparation des deux groupes (Rathleff et al., 2022). Le seuil retenu par les auteurs est de 1,25/10. Les scores étant entiers, il revient à une douleur d’au moins 2/10 en fin de test ; il n’a pas été validé sur un autre échantillon.
Ce que le test ne dit pas. Ces chiffres opposent DFP et absence de douleur. Le test n’est pas diagnostique : la douleur lors de la mise en charge d’un genou fléchi se retrouve aussi dans la maladie d’Osgood-Schlatter, la tendinopathie patellaire ou la maladie de Sinding-Larsen-Johansson (Gholve et al., 2007 ; Malliaras et al., 2015 ; Rathleff et al., 2022).
Validité de construit. Plus la douleur au test était forte, plus les scores KOOS Douleur et Sport/loisirs étaient mauvais ; les auteurs jugent cette association modérée, un peu sous le seuil de 0,50 habituellement attendu (Rathleff et al., 2022).
Réactivité au changement. Sur 12 semaines de prise en charge (éducation, modification de l’activité, exercices à domicile), la douleur au test a baissé en moyenne de 0,8 point à 4 semaines et de 2,9 points à 12 semaines (Rathleff et al., 2022). Faute de groupe contrôle, cette cohorte ne sépare pas l’effet du traitement de la récupération naturelle (Rathleff et al., 2019).
Cette baisse allait de pair avec l’amélioration du KOOS Douleur (r = −0,48) et Sport/loisirs (r = −0,40) (Rathleff et al., 2022).
Fiabilité et erreur de mesure. Ni la fiabilité test-retest ni le changement minimal détectable n’ont été étudiés (Rathleff et al., 2022). Nous ne savons donc pas quelle baisse signe un vrai progrès : une baisse d’environ 1 point ne peut pas être interprétée avec certitude ; confrontez-la à l’évolution des questionnaires et de l’activité.
Population. Une seule étude, chez des 10 à 14 ans, par l’équipe qui a créé le test (Rathleff et al., 2022) ; à notre connaissance (PubMed, octobre 2026), aucune réplication ni étude chez l’adulte n’a été publiée : seuil et variations ne s’y transposent pas tels quels.
En pratique. Le score tient en un chiffre, facile à communiquer et à suivre ; ce suivi pourrait aider à repérer une prise en charge qui stagne (Rathleff et al., 2022). Selon la recommandation néerlandaise, le diagnostic de DFP est à reconsidérer si la douleur et la fonction ne s’améliorent pas après 12 semaines d’exercices structurés ciblant le quadriceps et/ou la hanche (Ophey et al., 2025).
Pour aller plus loin. Autres tests de l’examen clinique : Module « Douleurs fémoropatellaires », partie « Bilan & diagnostic ». Instabilité patellaire suspectée : test d’appréhension patellaire. Suivi de la fonction : score de Kujala (AKPS). Mécanismes : Masterclass « Facteurs biomécaniques et psychologiques dans les douleurs fémoropatellaires ».
Synthèse clinimétrique (propriété : valeur). Source unique : Rathleff et al., 2022 (10 à 14 ans, DFP vs absence de douleur).
- Douleur provoquée (médiane) : 5/10 (EIQ 3–7) avec DFP vs 0/10 (0–0) sans douleur
- Discrimination DFP vs absence de douleur (aire sous la courbe ROC) : 0,90 (IC 95 % 0,85–0,95)
- Seuil : 1,25/10, soit ≥ 2/10 en pratique ; non validé dans une autre cohorte
- Sensibilité, spécificité, RV+ : non reprises (incohérence interne de l’article)
- Association avec le KOOS à l’inclusion : |r| = 0,47 (Douleur) et 0,33 (Sport/loisirs)
- Évolution sous traitement (sans groupe contrôle) : −0,8 point à 4 semaines ; −2,9 points à 12 semaines
- Évolution au test vs évolution du KOOS (12 semaines) : r = −0,48 (Douleur) ; −0,40 (Sport/loisirs)
- Fiabilité test-retest : non établie à ce jour
- Changement minimal détectable (MDC) : non établi à ce jour
- Validité chez l’adulte : non établie à ce jour
- Distinction avec d’autres douleurs antérieures du genou : non établie à ce jour
Bibliographie
Crossley, K. M., Stefanik, J. J., Selfe, J., Collins, N. J., Davis, I. S., Powers, C. M., McConnell, J., Vicenzino, B., Bazett-Jones, D. M., Esculier, J.-F., Morrissey, D., & Callaghan, M. J. (2016). 2016 Patellofemoral pain consensus statement from the 4th International Patellofemoral Pain Research Retreat, Manchester. Part 1: Terminology, definitions, clinical examination, natural history, patellofemoral osteoarthritis and patient-reported outcome measures. British Journal of Sports Medicine, 50(14), 839–843. https://doi.org/10.1136/bjsports-2016-096384
Gholve, P. A., Scher, D. M., Khakharia, S., Widmann, R. F., & Green, D. W. (2007). Osgood Schlatter syndrome. Current Opinion in Pediatrics, 19(1), 44–50. https://doi.org/10.1097/mop.0b013e328013dbea
Loudon, J. K., Wiesner, D., Goist-Foley, H. L., Asjes, C., & Loudon, K. L. (2002). Intrarater Reliability of Functional Performance Tests for Subjects With Patellofemoral Pain Syndrome. Journal of Athletic Training, 37(3), 256–261.
Malliaras, P., Cook, J., Purdam, C., & Rio, E. (2015). Patellar Tendinopathy: Clinical Diagnosis, Load Management, and Advice for Challenging Case Presentations. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 45(11), 887–898. https://doi.org/10.2519/jospt.2015.5987
Ophey, M., Koëter, S., van Ooijen, L., van Ark, M., Boots, F., Ilbrink, S., Lankhorst, N. A., Piscaer, T., Vestering, M., den Ouden Vierwind, M., van Linschoten, R., & van Berkel, S. (2025). Dutch multidisciplinary guideline on anterior knee pain: Patellofemoral pain and patellar tendinopathy. Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy, 33(2), 457–469. https://doi.org/10.1002/ksa.12367
Powers, C. M., Witvrouw, E., Davis, I. S., & Crossley, K. M. (2017). Evidence-based framework for a pathomechanical model of patellofemoral pain: 2017 patellofemoral pain consensus statement from the 4th International Patellofemoral Pain Research Retreat, Manchester, UK: part 3. British Journal of Sports Medicine, 51(24), 1713–1723. https://doi.org/10.1136/bjsports-2017-098717
Rathleff, M. S., Graven-Nielsen, T., Hölmich, P., Winiarski, L., Krommes, K., Holden, S., & Thorborg, K. (2019). Activity Modification and Load Management of Adolescents With Patellofemoral Pain: A Prospective Intervention Study Including 151 Adolescents. The American Journal of Sports Medicine, 47(7), 1629–1637. https://doi.org/10.1177/0363546519843915
Rathleff, M. S., Holden, S., Krommes, K., Winiarski, L., Hölmich, P., Salim, T. J., & Thorborg, K. (2022). The 45-second anterior knee pain provocation test: A quick test of knee pain and sporting function in 10–14-year-old adolescents with patellofemoral pain. Physical Therapy in Sport, 53, 28–33. https://doi.org/10.1016/j.ptsp.2021.11.002
Rathleff, M. S., Roos, E. M., Olesen, J. L., & Rasmussen, S. (2015). Exercise during school hours when added to patient education improves outcome for 2 years in adolescent patellofemoral pain: A cluster randomised trial. British Journal of Sports Medicine, 49(6), 406–412. https://doi.org/10.1136/bjsports-2014-093929
Smith, B. E., Selfe, J., Thacker, D., Hendrick, P., Bateman, M., Moffatt, F., Rathleff, M. S., Smith, T. O., & Logan, P. (2018). Incidence and prevalence of patellofemoral pain: A systematic review and meta-analysis. PLOS ONE, 13(1), e0190892. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0190892
Willy, R. W., Hoglund, L. T., Barton, C. J., Bolgla, L. A., Scalzitti, D. A., Logerstedt, D. S., Lynch, A. D., Snyder-Mackler, L., & McDonough, C. M. (2019). Patellofemoral Pain. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 49(9), CPG1–CPG95. https://doi.org/10.2519/jospt.2019.0302







