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L'importance biomécanique de la flexion dorsale

MusculosquelettiqueDiagnostic et évaluation
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L'importance biomécanique de la flexion dorsale

Notes du webinar

Maîtriser la flexion dorsale de cheville : évaluation et traitement guidé par l'art décisionnel

Par Romain Tourillon, Kinésithérapeute du Sport – Extrait de la conférence Fullphysio

Un mouvement fondamental pour la performance et la prévention

La flexion dorsale de cheville joue un rôle central dans la stabilité, l’absorption des charges et la propulsion du membre inférieur. Dans cette séquence de conférence, Romain Tourillon explore pourquoi et comment cette mobilité doit être évaluée de manière rigoureuse, puis traitée avec précision en fonction de la gêne perçue.

Qu’est-ce que la flexion dorsale ?

Il s’agit principalement du mouvement du tibia par rapport au talus, représentant environ 90 % de la mobilité totale. Le reste provient d’articulations telles que la subtalaire et la transverse du tarse (Chopart). Ce mouvement intervient constamment dans les phases de locomotion, notamment dans le “ankle rocker” décrit par Perry et Burnfield, juste avant la propulsion.

Pourquoi cette mobilité est-elle si importante ?

Absorption des forces : Une restriction en flexion dorsale peut limiter la capacité d’absorption du membre inférieur. Cela peut provoquer des compensations ailleurs, comme une surcharge controlatérale au genou.

Propulsion : Elle influence la trajectoire du tibia et donc le vecteur de poussée. Un déficit peut entraîner une propulsion moins efficace ou des douleurs musculaires secondaires.

Stabilité : Une raideur compromet les positions de verrouillage articulaire nécessaires à la stabilité dynamique. Elle s’intègre dans le modèle de l’instabilité fonctionnelle de cheville (Hertel, 2002).

Contrôle sensorimoteur : Les limitations mécaniques perturbent la qualité de l’information entrante et des réponses motrices. Ces altérations peuvent engendrer des désordres posturaux ou locomoteurs.

Impact fonctionnel : La flexion dorsale influence les performances dans des tests dynamiques comme le Y Balance Test, et son amélioration se répercute souvent sur les scores rapportés par les patients.

Évaluer correctement : le Weight Bearing Lunge Test (WBLT)

Le WBLT est le test de référence pour mesurer la flexion dorsale en charge. Pourtant, une faible proportion de thérapeutes francophones l’utilisent. Romain détaille trois règles fondamentales pour le rendre fiable :

  • Être réellement en charge : La mise en charge doit être maximale sur le membre testé, sans déport du poids.
  • Standardiser la position du pied arrière : Talon décollé pour éviter les compensations musculaires controlatérales.
  • Standardiser la trajectoire du genou : Utiliser un repère vertical pour assurer un mouvement sagittal pur, sans valgus.

La mesure peut être faite en centimètres (distance au mur) ou en degrés (inclinaison du tibia). Un écart supérieur à 1,5 cm ou 5° entre les deux chevilles est considéré comme significatif.

Aller plus loin que la mesure : place à l’art décisionnel

L’analyse ne s’arrête pas à la quantification. La localisation précise de la gêne ressentie lors du test est la clé pour orienter le diagnostic structurel et le traitement. C’est ici qu’intervient un arbre décisionnel développé avec Massamba, basé sur trois types de gênes principales.

Gêne antérieure ou sensation de blocage

Cela peut suggérer une restriction au niveau du talus ou des articulations médiopied/subtalaire.

  • Le Posterior Talus Glide Test permet de tester la capacité du talus à glisser vers l’arrière.
  • Une différence de plus de 4° entre les deux chevilles à ce test indique une implication probable du talus.
  • En cas de test positif, des techniques manuelles sont indiquées : glissements postérieurs analytiques (type Mitland) ou en charge (type Mulligan avec sangle).

Si le test est négatif, il faut s’orienter vers les autres structures :

  • Appliquer un glissement caudal sur le médiopied ou le naviculaire lors du WBLT peut révéler une restriction locale.
  • Si cela améliore la sensation, le travail se concentrera sur la mobilité de l’arche du pied, en y associant éventuellement un travail de la subtalaire.

Gêne rétro-malléolaire médiale

Elle peut impliquer le long fléchisseur de l’hallux (FHL).

  • On teste en ajoutant une extension maximale du premier rayon pendant le WBLT.
  • Si cela provoque une gêne ou limite l’amplitude, le FHL est probablement en cause.
  • Le traitement repose sur un étirement prolongé dans cette position, répété régulièrement, éventuellement couplé à une mobilisation type Mulligan.

En cas de test négatif, la subtalaire doit être réévaluée.

Individualiser le traitement : deux patients, deux approches

Deux patients ayant le même déficit quantitatif peuvent présenter des structures cibles totalement différentes. Le ressenti pendant le test évolue également au fil de la rééducation. Le traitement ne peut donc être standardisé : il doit s’adapter au profil fonctionnel et aux perceptions du patient.

Volume de traitement : un levier sous-estimé

Cibler la bonne structure est fondamental, mais le volume de travail l’est tout autant.

Pour les glissements articulaires :

  • Raideur aiguë : 60 à 80 glissements par séance (grades 3 à 4)
  • Raideur chronique : jusqu’à 120 glissements par séance
  • Le travail manuel direct reste supérieur à l’utilisation d’élastiques ou de sangles

Pour les étirements chroniques (ex : FHL) :

  • Objectif : 1200 secondes de mise sous tension par semaine
  • Répartition : séries de 30 à 45 secondes, 5 à 6 fois par jour, 5 à 6 jours par semaine

Ce volume est nécessaire pour espérer des adaptations structurelles durables.

En conclusion

La flexion dorsale de cheville est un déterminant clé de la performance, de la stabilité et de la prévention des blessures. Le WBLT reste l’outil de référence, à condition d’être standardisé et interprété avec précision. Grâce à un art décisionnel structuré, il est possible de cibler précisément la structure en cause (talus, médiopied, FHL…) et d’individualiser les traitements. Enfin, l’efficacité dépendra en grande partie du volume et de la cohérence du travail proposé.

Un article plus détaillé, avec schémas et QR codes vers les techniques évoquées, est en cours de rédaction.

Utilisé par 45 000+ kinés

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