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Introduction à la kinésitherapie gériatrique

Gériatrie
Introduction à la kinésitherapie gériatrique

Contributeurs

Catherine Maguet

Kinésithérapeute en gériatrie

Notes de la Masterclass

Dans cette Masterclass, Catherine Maguet, kinésithérapeute libérale spécialisée en gériatrie, vous invite à une réflexion approfondie sur le vieillissement et les spécificités de la prise en charge des patients âgés. Qu’est-ce que la kinésithérapie gériatrique au-delà des idées reçues ? Quels sont les enjeux et les approches adaptées à cette population ?

À travers cette introduction, explorez les fondamentaux et les bonnes pratiques pour optimiser vos interventions auprès des seniors.

D’ici 2030, près de 30 % de la population française aura plus de 60 ans, dont 6 millions de personnes âgées de plus de 75 ans. Cette évolution démographique implique une augmentation des besoins en rééducation liée à la perte d’autonomie. Les kinésithérapeutes joueront un rôle central dans la prévention et la prise en charge de la dépendance fonctionnelle chez les personnes âgées.

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La kinésithérapie gériatrique soulève des questions essentielles : à partir de quel âge parle-t-on de vieillesse ? En quoi le vieillissement influence-t-il les capacités fonctionnelles ? Et enfin la prise en charge doit-elle être standardisée chez toutes les personnes âgées ?

Contrairement à l’approche classique fondée sur les disciplines ou pathologies spécifiques, il est essentiel, en gériatrie, d’adopter une vision globale de la personne âgée. Cette perspective intégrative constitue l’un des piliers de la kinésithérapie gériatrique, permettant d’adapter les prises en charge aux réalités complexes et multidimensionnelles du vieillissement.

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La rééducation en gériatrie repose sur une vision globale du patient, car les effets d’une pathologie peuvent être radicalement différents selon l’âge et les réserves fonctionnelles de l’individu. Par exemple, une douleur au genou chez un adulte jeune entraîne rarement des conséquences durables sur l’autonomie. En revanche, chez une personne âgée, la même douleur peut provoquer une réduction de l’activité physique, une fonte musculaire évoluant vers une sarcopénie, une sédentarité accrue, une désadaptation cardiorespiratoire, voire une dénutrition ou une déshydratation, par réduction des déplacements et des apports.

Ce type de décompensation en cascade s’explique par une diminution progressive des réserves fonctionnelles avec l’âge. Lorsqu’elles sont trop altérées, la récupération devient difficile, voire impossible, compromettant le retour à l’état antérieur.

L’âge chronologique n’est donc pas un indicateur fiable du vieillissement. Bien que certains seuils soient retenus dans les études (65 ou 75 ans, selon les contextes), il est préférable de raisonner autrement qu'en termes d'âge chronologique.

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Contrairement à la notion d’âge, souvent floue, le vieillissement physiologique dispose d’une définition plus rigoureuse. Selon le Collège des enseignants de gériatrie, il s’agit de l’ensemble des processus physiologiques et psychologiques qui modifient progressivement la structure et les fonctions de l’organisme à partir de l’âge mûr. Ce processus résulte d’une interaction complexe entre facteurs génétiques et environnementaux.

Il est important de distinguer le vieillissement normal des pathologies : bien qu’il soit lent et progressif, ce phénomène naturel ne correspond pas à une maladie, mais à une évolution attendue de l’organisme au fil du temps.

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Le vieillissement est un ensemble de pertes et de compensations physiologiques. Au-delà des maladies et de la dépendance, la vitesse du vieillissement dépend des capacités de compensation face aux altérations liées à l’âge. L’état de santé d’une personne est donc déterminé par l’interaction entre les effets du vieillissement et les maladies antérieures et actuelles. Ainsi, plutôt que de se baser sur l’âge chronologique, il est plus pertinent de considérer l’âge biologique, qui reflète l’état de santé réel d’un individu.

Il est également important de noter que le vieillissement n'est pas homogène.

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Les personnes de 65 ans et plus sont généralement classées en plusieurs catégories en fonction de leur trajectoire de vieillissement. La première catégorie est celle des personnes robustes, qui se portent bien, voire très bien. Bien qu'elles ne soient pas toutes des athlètes seniors, elles présentent une bonne qualité de vie, et, même si elles peuvent éprouver des difficultés (réductions d'activité ou de vitesse), elles compensent efficacement les pathologies ou handicaps par des traitements médicaux. Cette catégorie représente environ 50 à 60 % des personnes âgées de plus de 65 ans.

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Malheureusement, à l'opposé, se situent les personnes malades, qu'on appelle également les personnes dépendantes, qui sont porteuses de multiples affections, interagissant entre elles avec des réactions en cascade. Alors, c'est souvent les personnes qu'on va retrouver en institution, à l'hôpital, mais également à domicile. Et rappelons que 80 % des personnes expriment le souhait de rester chez elles jusqu'à la fin de leur vie. Cette catégorie de personnes représente 5 à 10 % des personnes au-delà de 65 ans.

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Il est plus fréquent de rencontrer des personnes âgées qui vieillissent bien que celles qui vieillissent mal. Cependant, certains peuvent penser le contraire, notamment lorsqu'ils rencontrent des personnes âgées souffrant de multiples pathologies. Cette vision peut fausser notre perception de la réalité. À ce propos, il est pertinent de mentionner l'âgisme, défini comme toute forme de discrimination, ségrégation ou mépris fondée sur l'âge. Bien que l'âgisme touche toutes les tranches d'âge, il se manifeste souvent de manière plus marquée envers les personnes âgées. Stéphane Adam, psychosociologue belge, a montré à travers ses recherches que les soignants, en raison de leur contact fréquent avec des personnes ayant de nombreux problèmes de santé, ont tendance à développer une image plus négative des personnes âgées par rapport au reste de la population. Il est essentiel de comprendre que cette perception est influencée par l'environnement quotidien des soignants, sans pour autant que cela constitue un jugement de valeur. Il reste primordial de se rappeler que les personnes âgées en bonne santé sont bien plus nombreuses que celles souffrant de multiples pathologies. Ainsi, 50 à 60 % des personnes âgées sont robustes, tandis que 5 à 10 % sont dépendantes. Entre ces deux groupes, se trouvent les personnes âgées fragiles.

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La fragilité est définie par la Société française de Gériatrie et de Gérontologie comme une diminution des capacités physiologiques de réserve, ce qui altère les mécanismes d'adaptation au stress, qu'il soit physique ou psychologique. Cette fragilité se manifeste cliniquement de manière variable, influencée par des comorbidités ainsi que des facteurs psychologiques, sociaux, économiques et comportementaux. Le syndrome de fragilité est un indicateur important des risques de mortalité et d'événements négatifs, comme l'incapacité, les chutes, les hospitalisations et l'entrée en institution. Si l'âge est un facteur déterminant de la fragilité, il ne suffit pas à expliquer ce syndrome. La fragilité résulte donc d'une altération des capacités de réserve, qui ne sont plus suffisantes pour permettre une récupération optimale. Elle se traduit par une baisse des capacités de compensation.

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La fragilité est un concept développé dans les années 80 par Fried, et son identification repose sur cinq critères, appelés les critères de Fried :

  1. Perte de poids non intentionnelle
  2. Faiblesse musculaire (notez qu’il ne s'agit pas de sarcopénie, qui est une forme pathologique de la faiblesse musculaire)
  3. Sentiment d'épuisement
  4. Vitesse de marche diminuée
  5. Activité physique réduite

Selon ces critères :

  • 0 critère : la personne est non fragile
  • 1 à 2 critères : la personne est pré-fragile
  • 3 critères ou plus : la personne est fragile

En 2005, Rokwood a ajouté les dimensions de fragilité sociale et cognitive. Actuellement, les personnes âgées fragiles représentent environ 30 % de la population des plus de 65 ans.

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Ainsi, la fragilité apparaît comme un phénomène multidimensionnel, combinant des critères physiques, psychiques et socio-économiques. En résumé, avec l'avancée en âge, il y a des pertes et des compensations, mais à un moment donné, les compensations peuvent ne plus être suffisantes, augmentant ainsi le risque de fragilité. La fragilité peut être vue à la fois comme un état, où la personne peut rester fragile pendant un certain temps, mais elle peut aussi constituer un passage vers la dépendance.

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J'aime souvent représenter la fragilité sous la forme d'une balance. La personne se trouve quelque part entre deux états. Ce qui est crucial, c'est que, selon le repérage de cette fragilité et les mesures que l'on prend, la fragilité peut être réversible : la personne peut alors retrouver un état robuste. Cependant, si le dépistage ou les actions correctrices échouent, le passage à un état pathologique sera irréversible, car les réserves fonctionnelles auront été épuisées.

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Les conséquences de la fragilité sont multiples et ont d'importantes répercussions fonctionnelles. Cela inclut une diminution de la force et de la puissance musculaire, un ralentissement des mouvements, une altération des automatismes, des troubles posturaux et une réduction de l'adaptation à l'effort. Ces effets entraîneront des troubles de la mobilité et, inévitablement, des chutes avec toutes les complications qui en découlent.

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Le rôle du kinésithérapeute dans la gestion de la fragilité est essentiel, à la fois pour la détection et la mise en place de mesures de rééducation. Les kinésithérapeutes peuvent intervenir sur trois principaux outils de détection :

  1. Le programme I-COP, un programme international piloté par l'OMS, destiné à repérer précocement les personnes fragiles. L'objectif est d'éviter qu'une augmentation de la population âgée n'entraîne une hausse du nombre de personnes dépendantes.
  2. Un outil de dépistage de la fragilité basé sur un score fonctionnel, conçu pour les personnes de plus de 65 ans vivant à domicile, élaboré par l'Ordre des kinésithérapeutes.
  3. L'élaboration d'objectifs de rééducation précis, avec le bilan systémique de la fragilité motrice. Ce bilan, développé récemment, permet de prioriser les axes de rééducation. Il est connu sous le nom d'EquiMoG ou Frail'BESTest.
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Le kinésithérapeute joue un rôle clé dans la rééducation des personnes fragiles, en intervenant sur plusieurs aspects de la fragilité. Il va :

  1. Renforcer la musculature en pratiquant des exercices de renforcement et de travail de la puissance musculaire.
  2. Améliorer la vitesse de marche, car il est prouvé qu'une amélioration des capacités globales de la personne entraîne une amélioration de la vitesse de marche.
  3. Encourager une activité physique générale, qui a des effets positifs sur la condition physique et la mobilité.
  4. Agir sur les troubles cognitifs, en captant l'attention, en veillant à ce que les consignes soient respectées.
  5. Il a également un rôle dans l’ aspect relationnel.

Cela permet au kinésithérapeute d'avoir une approche multimodale de la fragilité, qui prend en compte les dimensions physiques, cognitives et sociales. Il est également important de souligner que les aidants sont souvent à risque de fragilité, et cette fragilité peut s'installer de manière insidieuse chez eux.

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En résumé, le kinésithérapeute joue un rôle dans toutes les trajectoires de vieillissement. Pour les personnes robustes, l'objectif est de pratiquer la prévention primaire, c'est-à-dire prévenir l'apparition de déficiences. La rééducation proposée à ces personnes sera proche de celle des adultes plus jeunes, tout en étant vigilant à détecter d'éventuels signes de fragilisation. Il est essentiel d'encourager ces personnes à continuer l'activité physique, qu'il s'agisse d'activités quotidiennes ou d'exercices plus sportifs. De plus, des ateliers d'équilibre, animés par des kinésithérapeutes ou d'autres professionnels, peuvent être utiles.

Pour les personnes fragiles, l'objectif est de pratiquer une prévention secondaire, en s'efforçant de contrer l'évolution négative et d'aider la personne à redevenir robuste ou, à défaut, à éviter de basculer dans la catégorie pathologique. Enfin, pour les personnes ayant déjà développé des pathologies, la rééducation s'inscrit dans une prévention tertiaire, visant à limiter les complications et éviter une aggravation de l'état de santé.

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Les objectifs de la kinésithérapie gériatrique, à l'instar de l'ensemble de la médecine destinée aux personnes âgées, visent à aider l'individu à maintenir une bonne santé, afin qu'il puisse continuer à réaliser les activités qui lui sont importantes, et ce, dans le lieu de son choix. Finalement, la kinésithérapie gériatrique constitue une rééducation globale qui se base sur l'évaluation des capacités fonctionnelles, en prenant en compte les pertes et les compensations, afin d'éviter les stéréotypes et de définir des objectifs de rééducation adaptés. Elle s'adresse à toutes les personnes âgées, mais plus particulièrement à celles qui sont fragiles ou en perte d'indépendance fonctionnelle.

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Pour conclure, je citerai le professeur François Mouret, pionnière de la kinésithérapie gériatrique en France, qui définit la rééducation gériatrique comme un ensemble de concepts, d'objectifs, de moyens d'évaluation et de pratiques spécifiquement adaptés aux personnes confrontées à des problématiques gériatriques. Cela inclut les effets du vieillissement, de la fragilité et des pathologies. Les concepts et objectifs ont été détaillés dans cette masterclass.

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