Test clinique

Fair test

Hanche
L’objectif de ce test

Le Fair test est couramment utilisé dans le diagnostic d’un syndrome du piriforme.
De manière générale, la sciatique est relativement courante dans la population générale et le syndrome du piriforme, représenterait 6 à 8 % de tous les cas de sciatique (Hallin et al. 1983). Toutefois, certaines études affirment que ce syndrome est sous-diagnostiqué (Stewart et al. 2003) et d’autres au contraire sur-diagnostiqué (Durrani et al. 1991 ; Fishman et al. 2003).
Malgré le fait que ce syndrome ait été décrit depuis près d'un siècle, il existe encore une grande confusion autour de son diagnostic.
Le syndrome du piriforme primaire est le terme utilisé pour désigner la sciatique causée par une pathologie intrinsèque du muscle piriforme. Ces pathologies comprennent entre autre des variations anatomiques du trajet du nerf sciatique ou de l'anatomie du muscle piriforme (Beaton et al. 1938 ; Pecina et al. 1979 ; Wun-Schen et al. 1994 ; Pecina et al. 2008 ; Natsis et al. 2014), des dommages causés au muscle piriforme par un traumatisme (Robinson et al. 1947 ; Beauchesne et al. 1997 ; Beatty et al. 1994) une hypertrophie du muscle piriforme (Pecina et al. 2008 ; Jankiewicz et al. 1991 ; Chen et al. 1992 ; Broadhurst et al. 2004 ; ,Turtas et al. 2006), et un spasme du muscle piriforme (Filler et al. 2005 ; Fishman et al. 2002).

Le piégeage de tout ou partie du nerf sciatique par le muscle piriforme a longtemps été un diagnostic d'exclusion mais le "diagnostic d'exclusion" est un concept logiquement erroné (de Seze et al. 1982). De multiples causes de sciatique peuvent coexister, chacune contribuant de manière significative aux symptômes du patient. Si l’on se penche sur les causes potentielles de compression du nerf sciatique, on se rend compte que de nombreuses structures peuvent être impliquées et pas seulement le piriforme. Par exemple on relate les bandes fibreuses contenant les vaisseaux sanguins, le syndrome de l'obturateur interne et du jumeau, un conflit ischio-fémoral ou provenant des ischio-jambiers, les troubles musculaire du fessier et des causes orthopédiques. La présence d'une cause n'exclut pas les autres et l'absence de preuves en faveur d'un diagnostic n'implique pas grand-chose, et encore moins une entité diagnostique spécifique non testée. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas parler de véritable diagnostic différentiel. Des publications récentes suggèrent que le terme "syndrome glutéal profond" pourrait mieux décrire cette constellation de douleurs à médiation musculaire et nerveuse (Martin et al. 2015). Le syndrome du piriforme serait alors un sous-groupe de syndrome glutéal profond (Hernando et al. 2015).

Ce syndrome glutéal profond est caractérisé par des douleurs et/ou des dysesthésies au niveau des fesses, de la hanche ou de la cuisse postérieure et/ou des douleurs radiculaires dues à une compression du nerf sciatique non discogène dans l'espace sous-gluteal (Hernando et al. 2015).

Dans un examen systématique de plus de 50 études de cas du syndrome du piriforme, les symptômes les plus fréquents étaient une douleur dans la fesse, une sensibilité externe sur l'échancrure sciatique, une aggravation de la douleur en position assise et une augmentation de la douleur suite à des manoeuvres qui augmentent la tension musculaire du piriforme (Hopayian et al. 2010). Une revue rétrospective de 26 cas a noté que la douleur à la fesse et la sciatique étaient observées dans 100 % des cas (Durrani et al. 1991). De plus, 92 % des patients avaient des antécédents de traumatisme du muscle piriforme, allant d’une chute à un étirement anormal du muscle lors d'événements sportifs (Durrani et al. 1991). Bien que ces symptômes soient compatibles avec le syndrome du piriforme, ils restent non spécifiques et des symptômes similaires peuvent être observés dans de nombreuses autres pathologies.

Lorsqu'on soupçonne un syndrome du piriforme, il faut procéder à un examen complet du bas du dos, du bassin, des fesses et des membres inférieurs, comprenant l'inspection, l'amplitude des mouvements, la palpation, la force, la sensation et des tests spéciaux qui peuvent varier en fonction des symptômes présentés par le patient.

Certains auteurs suggèrent que la palpation joue un rôle important dans le diagnostic du syndrome du piriforme. Une sensibilité à la palpation profonde du muscle piriforme était présente dans 92 % des cas examinés par Durrani (Durrani et al. 1991). De plus, dans la revue de plus de 50 études de cas, la sensibilité externe à la palpation de la grande échancrure sciatique était l'une des quatre caractéristiques les plus courantes du syndrome du piriforme (Hopayian et al. 2010). Cependant, étant donné la taille relativement petite et la profondeur du muscle piriforme dans la fesse, la précision de la palpation du muscle piriforme a été remise en question (Windisch et al. 2007).

De multiples manœuvres d'examen physique ont été identifiées pour aider à diagnostiquer le syndrome du piriforme. Parmi ces tests, on retrouve le FAIR test qui va chercher à comprimer le nerf sciatique en étirant le muscle piriforme.

Vidéo du test
Exécution du test

Avant de réaliser ce test, il est conseillé d’examiner et d’exclure les pathologies les plus répandues dans la colonne lombaire et l’articulation sacro-iliaque qui pourraient expliquer les symptômes du patient.
Pour réaliser le test, le patient est en décubitus latéral du côté du membre sain. Le kiné stabilise la hanche du patient puis déplace passivement son membre inférieur à 90° de flexion de hanche. Il applique ensuite une pression sur le genou vers le bas afin d’entrainer la hanche en adduction et en rotation interne plaçant ainsi le piriforme en position d’étirement ce qui comprime le nerf sciatique. Le test est positif lorsqu'une douleur est produite dans la zone d’intersection entre le piriforme et le sciatique (Boyajian-O’Neill et al. 0820, Kirschner et al. 2009).

Valeur clinique

Dans leur étude en 2002, Fishman et al. ont avancé que la position pendant le Fair test permettait d’augmenter la latence du réflexe de Hoffman ou reflexe H. Ce reflexe H correspond à un potentiel d'action musculaire composé qui peut être enregistré à partir de plusieurs muscles squelettiques. Une latence supérieure de 3 écarts-type par rapport à la normale permettrait d’identifier un syndrome du piriforme avec une sensibilité de 88% et une spécificité de 83% (Fishman et al. 2002). Cependant l’utilisation du réflexe H est peu précis et n’est pas répandu rendant la valeur de ces données limitée. De plus en 2019, Robinson et Lawrence ont souligné que bien qu'un tel test puisse sembler attrayant au départ, il n’est malheureusement pas possible d’expliquer ce phénomène de latence avec notre compréhension actuelle de la physiologie nerveuse. Les mêmes auteurs suggèrent que jusqu'à ce que le FAIR test soit reproduit dans d'autres études contrôlées, il ne  devrait pas être utilisé à des fins de diagnostic. Les évaluations cliniques et d'imagerie restent probablement des mesures plus fiables de la compression du nerf sciatique par le muscle piriforme (Robinson et al. 2019).

Bibliographie

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